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25/11/2012

Chapitre 78 : Lucas

La plupart de mes après-midi, je les passai désormais au hangar, en compagnie de Kyo et du reste de sa bande. De manière générale, nous ne faisions pas grand-chose à part bavarder, boire un peu (la bière japonaise n’était pas trop à mon goût, Kyo s’arrangeait toujours pour me dégoter un jus de fruit, souvent au melon) ou encore faire nos devoirs. Le lycée de Kyo n’était pas tellement différent du mien. Un peu plus laxiste peut-être, concernant les tenues vestimentaires, mais globalement, les cours se ressemblaient. J’aidais souvent Aoki et Dai dans leurs devoirs d’anglais. Malgré mon faible niveau en France, je découvris avec un plaisir sadique que j’étais bien plus avancé que ces pauvres Japonais. Kyo ne semblait pas avoir de souci dans aucune matière et faisait d’ailleurs rarement ses devoirs avec nous. Il préférait nous observer nous chamailler pour un rien comme une mère poule bienveillante couverait ses enfants du regard. Jin quant à lui restait toujours à l’écart, souvent plongé devant l’écran de son ordinateur portable à tapoter le clavier d’un air concentré. J’avais du mal à cerner ce personnage tantôt froid et distant, tantôt si serviable avec Kyo. Une chose semblait cependant évidente, il n’avait pas l’air de vouloir se mêler à nous. Je le laissai donc volontiers dans son coin.

Au fur et à mesure que le temps passait, j’appris à mieux connaitre Dai et Aoki et je notai entre eux une certaine intimité que je n’avais jamais remarquée auparavant. Était-ce récent ou n’avais-je tout simplement pas pris conscience de ce lien ? Je n’osais pas leur demander quelle était la nature exacte de leur relation. Amis très proches ou plus encore ? Les voir interagir avec tant de familiarité ne me dérangeait pas, je les enviais presque, mais lorsque je tentais de réfléchir sur leur connexion particulière, un sentiment de malaise me submergeait et me glaçait les entrailles. Je n’aimais pas penser que leurs accolades ou leurs nombreux contacts tactiles puissent être autre chose qu’une grande amitié, ou qu’ils cachent des sentiments plus profonds dont ces gestes en toute intimité seraient encore plus prononcés. Cette seule pensée me donnait envie de gerber.

On était vendredi, le soir commençait à tomber et, comme à notre habitude, Kyo, Dai, Aoki et moi, rangeâmes nos devoirs faits pour le week-end, et nous préparions à nous séparer. Jin s’était éclipsé au cours de l’après-midi. Je fis signe à Dai et Aoki, les deux inséparables, qui rentraient ensemble de leurs côté tandis que Kyo cadenassait la porte du hangar derrière nous.

L’air se réchauffait et sentait le printemps. Bon, ok, techniquement il ne « sentait » pas le printemps mais plutôt les fleurs de cerisier qui s’étaient épanouies sur le vieil arbre près de notre entrepôt. L’idée de rentrer chez moi me parut soudain beaucoup moins reluisante, entre un Rei qui n’avait toujours pas décidé d’abandonner sa lubie envers moi et mon père qui jouait les fantômes, accaparé par son boulot, l’ambiance n’était vraiment pas géniale à la maison. D’un geste spontané, irréfléchi, j’attrapai la main de Kyo pour le retenir.

Kyo regarda nos mains enlacées avec étonnement, puis reporta ses yeux empreints de douceurs sur moi.

- nani ? (quoi ?/qu’est-ce qu’il y a ?)

Je pense que ce geste m’avait autant surpris que lui, si bien que je restai quelques instants sans répondre, pétrifié. Cela faisait plusieurs semaines que j’évitais tout contact physique avec les gens. Kyo s’en était rendu compte, les deux autres aussi je pense, et même Rei (même si ça ne l’empêchait pas de me toucher par « mégarde », il le faisait avec un peu plus de délicatesse qu’avant). Que je prenne ainsi Kyo par la main était, à dire vrai, complètement inédit. Je le relâchai aussitôt.

- Ça te dirait d’aller manger un ramen ?

- Allons-y, me répondit-il avec un sourire si chaleureux qu’il fit fondre une partie de mon cœur glacé. 

02:12 Écrit par Ein dans Pain melon | Lien permanent | Commentaires (0)

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